Oulipo

Des plans sur la comète

A supposer que l'on me demande ici d'effectuer des calculs savants pendant une durée de dix ans sur l'un des astres les plus instables du système solaire dans le but d'y poser un bijou de technologies dans un délai de dix ans qui saura capable de mesurer la température d'un lieu hostile, la densité d'une eau – qui en fin de compte, n'est pas de l'eau parce que l'atome d'hydrogène de l'astre en question, a un neutron mutant qui rend cette eau impropre à la consommation – ceci en veillant à ce que la machine remplisse son objectif principal, c'est à dire de vérifier qu'il existe quelconques acides aminés sur l'astre étudié afin de valider l'hypothèse selon laquelle l'origine de notre misérable, insignifiante et étrange existence proviendrait d'une comète vieille de plusieurs milliards de milliards d'années ; et bien je me mettrais tout de suite à la tâche parce qu'il n'y aurait rien de plus fantastique, de plus merveilleux et de plus poétique que d'annoncer à la planète entière que l'Humanité est en fait composée de poussière d'étoile.

Les amoureux

Texte écrit sous la contrainte d'une désarguesienne, pour en savoir plus cliquez sur ce lien

 

 

Au quai des malandrins,

Ménalque et Phèdre squattent l'hôpital de nos amours.

Ils psalmodient nos mortes haines.

 

 

Lettres de départ : Q-A-I-O-H-M-L-P-S-D

Pour que tu ne te perdes pas dans les suppositions

A supposer que l'on me demande ici de, enfin ce n'est là qu'une supposition qui, euh... comment vais-je dire, euh... qui pourrait ou plutôt qui devrait pouvoir se définir non pas comme une supposition mais plutôt comme une suggestion, enfin je... je... je suggèrerais, c'est cela, c'est ma pensée, je... je... je suggérerais plutôt que je ne supposerais, donc si on suggère ici que l'on me demande, mais encore une fois, euh... là n'est pas pas le bon mot, enfin, « demander », c'est... c'est... c'est... comment dire, ce serait mal venu, parce que j'aurai l'impression, en tout cas le ressenti que l'on me prierait quelque chose et de fait, non, « demander » n'est pas le bon mot, ni prier d'ailleurs, parce que, euh... euh... l'on ne peut prier qu'un dieu – d'ailleurs je ne sais pas ce que vient faire Dieu ici – et, euh... euh... je n'en suis pas un, c'est ça, je n'en suis pas un et... et... et... je ne sais pas, pour revenir au mot « demander », enfin au verbe plutôt qu'au mot, à la place de demander on pourrait dire euh... euh... « supposer » ou « proposer », ainsi à suggérer que l'on me propose ici de... de... de prononcer une phrase cohérente, je... je... je ne sais pas, ça me semble compliqué ; oui, compliqué, en tout état de fait, euh..., bizarre, cela me semble une entreprise tout à fait bizarre.

Chasser le naturel...

A supposer que l'on me demande ici de revenir à un poste important duquel on m'aurait congédié deux auparavant parce que l'on considérait à l'époque que j'étais trop agressif, trop rentre-dedans, trop raciste, trop, trop, trop et que l'on considère aujourd'hui que mon successeur est trop mou du genou, trop apathique, trop gentil, trop, trop trop, en clair pas plus doué que moi et pire encore, qu'à certains égards, d'après les personnes-mêmes l'ayant nommé à ce poste – qui au départ était le mien, ne l'oublions pas – il ferait même preuve d'une réelle incompétence ; à supposer donc que tout ceci soit vrai, et qu'une infime opportunité se présenterait pour moi de reprendre ce qui était mien au départ, c'est-à-dire de reprendre mon ancien poste, je répondrai laconiquement à mes anciens partons que cela me serait impossible pour la simple et bonne raison qu'en deux ans les motifs qui ont conduit à mon licenciement (les traits de ma personnalité pour ceux qui ne l'auraient pas deviné), sont restés inchangés et que quand bien même, je prétendrais avoir fait un immense travail sur moi-même, ce qui reviendrait à dire que je sois devenu humble, compréhensif et patient, quand bien même, je prétendrais cela, personne n'en croirait rien puisqu'il suffit de chasser le naturel pour qu'il revienne au galop.

Cri de guerre

Texte écrit sous la contrainte d'une désarguesienne, pour en savoir plus cliquez sur ce lien

 

 

Les voix de valeureux et glorieux gaulois

Clament des victoires imaginaires,

Des chimères terrassées par la réalité.

 

 

Lettres de départ : C-G-L-I-O-E-T-S-V-X

Sans Scandinave

À supposer que l'on me demande ici de composer un gouvernement à la suédoise, avec l'inconvénient notable que l'on n'y trouvera ni de ministre suédois, ni de ministre suédoise, ni même de Norvégien et encore moins de Finlandaise, même pas de Danois ni de Danoise, en un mot sans Scandinave, ce qui non obstant, peut relever d'un strict du non-sens – chacun aura en effet remarquer à quel point les pays du nord de l'Europe sont dynamiques, prospères, développés, socialement justes et écologiquement propres, disons-le carrément : parfait ; c'est bien cela, c'est pays sont parfaits, et ainsi les ministres Scandinaves s'y imposeraient d'eux-mêmes – je dirai alors au chef d'état qui m'aura confié cette douloureuse et pesante tâche que créer un tel type de gouvernement dans une nation qui ne compte absolument aucun scandinave, reviendrait à faire de Bruxelles une foire d'empoigne ubuesque au service d'idées saugrenues, telle que le nationalisme des problèmes de langue ou encore de prendre les initiales d'un célèbre centre commercial parisien « Bazar de l'Hôtel de Ville », BHV pour ne pas le nommer afin de désigner un schmilblick absolument incompréhensible pour quiconque s'intéresserait un jour à la Belgique, même si c'est vrai qu'au départ nous parlions ici de la Suède !

Les brebis

Texte écrit sous la contrainte d'une désarguesienne, pour en savoir plus cliquez sur ce lien

 

 

La nuit, les brebis braquent

Et au matin brumeux,

Paissent innocemment parmi les près fleuris.

 

 

Lettres de départ : B-R-M-P-N-U-E-I-A-T

Les pouvoirs du canoë Kayak

A supposer qu'on me demande ici de réaliser avec parcimonie et perfection un triple salto arrière reliant les Etats-Unis au Canada, en patinage artistique ou dans canoë kayak projeté depuis les chutes du Niagara au moyen de quelconque invention qui vous fera rire vu que tel est le but de la manœuvre – si tant est qu'il y ait un but louable dans une manœuvre aussi dénuée de sens que celle-ci – je répondrai assurément, sans aucun ambage et sans aucune once d'hésitation que ce soit que ce genre d'exploit ne peut s'effectuer correctement qu'avec un canoë kayak, car il n'aura échappé à personne que « kayak » s'écrit à l'endroit et à l'envers et que par conséquent muni d'un mot que l'on utilise tantôt à l'endroit et tantôt à l'envers, il devient l'outil indispensable pour réaliser un triple salto arrière reliant les Etats-Unis au Canada puisque lors de la réalisation parfaite et parcimonieuse de cette figure, on se retrouve tantôt à l'endroit et tantôt à l'envers – trois fois exactement – ceci à la seule condition que l'on réussisse un jour à inventer une machine comique ou risible – c'est selon – qui puisse me propulser avec assez de puissance des Etats Unis vers le Canada depuis les chutes du Niagara.

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