C'est l'histoire d'un géant, d'une clafoutière, et d'un cracheur de feu...

… Dit comme ça, on pourrait croire à une mauvaise blague. Pourtant, on est bien loin de ça. Les enfants d'Underground, le premier roman de Camille Lescasse, fait partie des bons bouquins bien gourmand que l'on déguste page après page. Un roman jeunesse ? Certainement mais pas que... Je pencherais plutôt du côté du Young aldult. C'est un roman qui vient nous titiller et nous mettre HS tout en finesse. Il porte un propos grave sur notre société, tout en métaphore et en poésie. Bref, je suis conquis.

Pour raconter cette histoire, il faudrait peut-être commencer par ces mots : Bordel, bordel, bordel ! Ca faisait longtemps que j'avais pas lu un truc comme ça. Ce roman allie fantasy et œuvre fragmentée, personnages fantasques et moments de poésie, instants de rêve et scénario disséminé façon puzzle. C'est un livre qui vient vous secouer si vous étiez habitués à lire de confortables et classiques romans jeunesse. Vous savez ces histoires avec des héros plutôt propres sur eux, un peu cassé au début (sinon c'est pas drôle), partis vivre des aventures, avec des histoires d'amour etc.


Et bien si vous voulez rester dans ce genre de récits, ne lisez pas Les enfants d'Underground.

 

Il y a d'abord cette façon de planter le décor. Avec des personnages extravagants, haut les cœurs, haut en couleur ! Cela va du marchand de parapluies en passant par la clafoutière sans oublier Albert, le planteur de clous...

Parce que oui, les planteurs de clous, dans la ville d'Underground, c'est très utile ! Underground, comme son nom l'indique est une ville construite par dessous la Terre. Les gens qui y vivent, ne peuvent pas se rendre à la surface. Ceci, à cause d'une maladie de leur peau. Si ces malheureux habitants venaient à s'exposer au soleil, ils brûleraient sur place. Aucune information scientifique n'existe sur le sujet, cependant tout le monde le dit donc ça doit être vrai... Dans cet environnement sans lumière, Albert plante des clous sur les parois d'Underground et de petits insectes imaginaires nommés les soléos viennent s'y greffer. En se nourrissant de la rouille des clous, les soléos se mettent à briller. Cela fait comme un ciel étoilé aux habitants d'Underground, toute la nuit et même tout le jour. À Underground pas besoin d'électricité, les soléos sont là. Poésie, je vous dis, poésie.

 

 

Portraits de vies brisées

 

À Underground, on trouve des personnages cassés par la vie : un vieux pharmacien à la retraite, un transexuel ayant choisi le nom de « Mère Thérésa », un saxophoniste au talent de détective insoupçonné ainsi qu'un mangeur d'escargot rongé par son passé. Et bien sûr, il y a Giant. Le héros de l'histoire. Giant et sa barbe drue. Giant et son air bourru. Giant et son sale caractère. Autant vous dire que ce Giant, on le kiffe dès qu'on le voit apparaître parce qu'on sait bien que derrière ses airs de brutes, il y a un bon gars qui sommeille en lui.

 

Et on ne se trompe pas. Giant, c'est aussi le seul personnage à se rendre régulièrement à la surface, de nuit. C'est lors de ces escapades que Giant amène à Underground des enfants abandonnés et ces derniers temps, ils sont de plus en plus nombreux. Giant, pétri de bonnes intentions, les prend sous son aile et les confie aux bonnes familles de sa ville étant donné qu'à la surface, on ne veut pas d'eux.

 

Seulement, ce n'est pas si simple. Rien n'est simple. Pendant qu'il tente de confier un énième enfant, absolument muet, il se voit opposer des refus de toute part. Plus tard, il se rendra compte que les autres enfants se sont fait la malle et qu'un duo de militaires improbables est à leur recherche. Il nommera son dernier enfant trouvé « El Nino » et s'associera avec un cracheur de feu pour mener l'enquête. Car tout le mystère est là : personne ne sait d'où viennent ces enfants, ni la raison de leur tristesse immense. Giant sent bien que quelque chose d'anormal se trame à la surface. Il se fait une mission de comprendre l'origine de cette tristesse. Qui peut bien briser la joie de vivre de ces enfants ? Pourquoi doivent-ils réapprendre à jouer ? Quel mystère leur a enlevé leur innocence ?

 

Camille Lescasse répond par le monde terrifiant des adultes.

 

Un réalisme terrifiant

 

La fin de ce roman est crue, très crue, à vous donner la nausée mais elle est tellement évidente, hélas. La force des enfants d'Underground tient aussi à ce réalisme destructeur, inhumain. Il vient ajouter un contraste intelligent avec l'atmosphère fantaisiste installée à longueur de pages. Il y a, surtout, cette métaphore qui décrit si bien notre société coupée en deux. À Underground, les vies brisées, ceux qui ne rentrent pas dans les cases. À la surface, les personnes propres, dont pas un cheveux ne dépasse même s'il existe quelques exceptions... À Underground : la plèbe, à la surface : les patriciens. Le monde des hommes et le monde des Dieux. Et le constat amer de reconnaître que même si le soleil ne nous fait pas de mal, même s'il se passe des choses horribles, même s'il est possible d'accéder à l'Olympe et bien, l'inertie l'emporte souvent. On reste sous terre car c'est bien plus confortable ainsi.

 

« L'ignorance, c'est comme une couche de crasse, c'est confortable, ça protège la peau, on s'y prélasse. On s'y habitue, et puis, on ne peut plus s'en passer.

Albert, planteur de clous »

 

Camille Lescasse pousse un cri de révolte bienvenu en ces temps compliqués.

 

Pour résumer, Les enfants d'Underground tient sa principale force via des personnages très bien construits. Aucun d'entre eux ne rentre dans la norme, chacun d'eux est une caricature de lui-même dans un kitsch assumé – comme ce moment où le saxophoniste conduit les enfants en lieu sûr grâce à sa musique. Il y a aussi ce scénario mené avec habileté, l'auteure se risque à certaines acrobaties et retombe toujours sur ses pattes et le plaisir en est d'autant plus savoureux. Camille Lescasse se paie même le luxe de terminer son roman par un « plum plum tralala », désinvolte, narquois au possible. Épiphanie, car c'est ainsi que les enfants terminent toujours leurs spectacles, leurs histoires, leurs morceaux de musique. Par un « plum plum tralalala », maladroit, rapide et naïf. Sauf qu'ici, il n'y a rien de naïf, ni de maladroit bien au contraire. C'est une invitation à la légèreté après avoir lu des choses aussi graves. Une légèreté impossible sur le moment mais qui demeure salutaire, parce qu'au final il ne reste plus que ça.

 

 

Et de fait, on se sent triste en tournant cette dernière page si douce amère. On en voudrait encore. C'est un roman intelligent, drôle et scandaleux. On quitte Giant et toute son équipe avec un sourire inquiet. On espère que tout ira bien pour eux et que Camille Lescasse écrira une suite, une autre aventure pour que nous puissions avoir bientôt de leurs nouvelles.

 

Bien @ vous,

 

Br.

 

Retrouvez Les enfants d'Undergound en cliquant ici.

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