Entre brume et silence

Je n’ai rien dit. Pour plusieurs raisons. Parce que je ne crois pas aux chiffres. Parce qu’ils sont trompeurs. Aussi, disons-le, parce que notre société a une fâcheuse tendance à nous réduire à des scores : salaires, résultats d’élections, sondages etc. Pour les producteurs de contenus, l’audience s’est ajoutée à cette liste. Ce blog a aussi son petit score, sa petite flagornerie virtuelle… Au moment où j’écris ces lignes, le site a dépassé les 10 000 visiteurs uniques depuis sa création.

Le chiffre est impressionnant. C’est un cap de passé. Etalé dans le temps, il faut relativiser les choses. Cela fait une moyenne d’un peu plus de sept visiteurs par jour. Pas de quoi casser trois pattes à un canard donc… mais tout de même depuis le mois de juin et une refonte éditoriale de ce blog, je sens un progrès. Le blog réunit 250 personnes par mois, en moyenne. Une première sortie de silence, donc, pour remercier les sept, huit personnes par jour qui consultent cet espace. J’espère que nous serons bientôt plus nombreux ici. Je m'arrête là avec les chiffres, sauf peut-être pour vous dire que ce billet sera le dernier de l'année 2017.

 

C'est l'occasion de jeter, une nouvelle fois, un regard dans le rétroviseur. Je remonte au mois de juin, date à laquelle j'ai vraiment repris une activité ici. Je me rends compte que je ne dis pas grand-chose de ce qu'il se passe dans le monde ; quelque part c'est tant mieux. Je n'ai rien écrit sur l'actualité depuis le débat sur la loi travail. Je n'ai rien dit sur l'affaire Weinstein malgré mes convictions féministes, je n'ai rien dit sur les paradise papers et rien sur la mort de Johnny Halliday.

Dans le flux médiatique d'aujourd'hui, que dire ? Que dire face au monde qui court ? Que dire quand tout semble avoir été dit ? Pour reprendre (et décontextualiser) les vers d'Andrée Chedid :

 

« Que dire

Des jours si vivaces

Des heures si ténues

De la geôle des mots

De l'attrait du futur »

 

Que dire de l'affaire Weinstein ? Que dire des paradise papers ? Que dire de la mort de Johnny ?

 

Est-il possible de se taire ?

Nous vivons dans une époque où le silence sur les grands événements de notre société, peut devenir rédhibitoire. Tout le monde doit avoir quelque chose à dire de l'affaire Weinstein parce qu'on a tous une mère, une sœur, une épouse. Tout le monde doit se montrer scandalisé par les paradise papers parce que nous sommes tous citoyens. Tout le monde doit être attristé par la mort de Johnny Halliday car il paraitrait que nous ayons tous quelque chose de lui.

Se taire sur ces récits, aujourd'hui, reviendrait à avoir du mépris pour ses semblables. Ce serait faire le choix de s'exclure de la société, se mettre en retrait, signifier un refus : celui de participer à l'histoire. L'injonction est là : il faut produire du discours.

 

Pourtant les sujets sont complexes et exigeraient un temps de silence. Le harcèlement sexuel pose une question de société. Elle englobe victime, témoin et agresseur. Chacun a un travail à faire sur soi pour le combattre. Les personnes organisant l'optimisation et l'évasion fiscale s'attendent tellement à une réaction scandalisée qu'il leur devient facile de nous contrer. Une réponse plus construite et déterminée, moins visible, contre ce type de pratiques, semblerait plus efficace. En disparaissant, Johnny laisse derrière lui une partie de l'histoire sociale et culturelle de la France. Au delà du chanteur populaire, il était l'idole d'une génération. Nul ne peut nier ce qu'il représentait dans le pays, cependant il existe des individus, qui sans snobisme, y voit d'abord la fin d'un objet médiatique et ensuite la mort d'un être humain.

 

Dire cela. Dire que les sujets ne sont pas aussi simples qu'ils peuvent apparaître, c'est le positionnement le plus compliqué qui puissent exister car vous ne contenterez jamais personne. Il faut répondre aux questions les plus absurdes et les réponses qu'elles appellent, sont souvent fermées : « l'hommage populaire, t'es pour ou contre ? Le hashtag #BalanceTonPorc, ça va loin, non ? De toute façon, on peut rien faire contre l'évasion fiscale ». Dans ce contexte, les mots sont une geôle car ils ne peuvent rendre compte de la complexité de la situation. Bien qu'inconfortable, le silence demeure salutaire.

 

 

Le silence, c'est prendre acte pour la suite. Le silence, c'est ne pas ajouter une voix au bruit déjà existant. Le silence, c'est se mettre en retrait pour être entendu clairement plus tard.

 

Le petit dernier

Voilà donc pour ce regard dans le rétroviseur, je parle davantage de ce que je n'ai pas écrit. C'est important car ce que l'on ne dit pas, vaut tout autant que ce que l'on dit. Un silence signifie autant qu'un mot. Le mot a le bénéfice de la clarté, c'est pour cela qu'il paraît plus sûr. Le silence est plus abscons, il offre d'avantages de possible. Il suggère plus qu'il ne précise. C'est là, sa préciosité. Il est une brume dans laquelle on devine un paysage. Ce paysage peut être un aveu que l'on ose pas prononcer, une pensée en train de se construire. Le silence est un langage qui se créé. Dès qu'il est mûr, il ne reste plus qu'à cueillir les mots.

 

C'est pour cela que je n'ai rien dit sur l'audience de ce blog quand je l'ai connue.

C'est pour cela que j'aurais toujours un train de retard sur l'actualité, à dessein.

C'est pour cela que les textes que vous découvrez ici, sont en majorité composés quelques semaines voire quelques mois à l'avance.

 

Et lorsqu'il s'agit de projet éditorial, cela peut même prendre des années. Je n'en ai encore jamais parlé ici, tout au plus ai-je posté quelques photos. Le projet dont je vous parle, a commencé il y a trois ans de cela. Quelques amis donnaient un spectacle à Paris et m'ont invité à y assister. Alors que l'on aurait pu croire à l'aboutissement de leur création, il ne s'agissait en fait que du début. Ils ont décidé de garder une trace de ce spectacle : un livre CD illustré. C'est sur les illustrations de ce livre que je suis intervenu via la photographies. Pendant trois ans, une équipe de sept artistes a dû tout recréer : la maquette, l'enregistrement, le mixage etc. Aujourd'hui, je suis heureux de vous annoncer la sortie de presse de Retour de Brume !

 

 

Vous pourrez trouver plus d'information sur le blog du livre. Si vous souhaitez le commander, envoyez-moi un message via la page Contact et je vous garde un exemplaire au chaud.

 

Cette bonne nouvelle annoncée, il ne me reste plus qu'à garder le silence jusqu'en 2018, ça ne sera pas bien long. Deux semaines, tout au plus. J'offre à ce blog (et surtout à moi-même ^^) une petite période de vacances avant de partir dans de nouvelles explorations musicales, littéraires, artistiques. Entre brume et silence.

 

Je vous souhaite à toutes et à tous de très joyeuses fêtes de fin d'année.

 

Bien @ vous,

 

Br.

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