Quel jour était-ce ?

Je ne m'en souviens pas.

C'est horrible à dire, tu sais, mais je ne m'en souviens pas !

Les jours de grand départ, pourtant, on les retient.

On les attend...

Parfois même plus qu'un enfant.

On note au feutre rouge une date quelconque dans l'agenda,

Et cette date qui au départ ne signifiait rien,

Ce jour-là,

Ce jour qui aurait dû ressembler à tant d'autres,

Ce jour qui aurait pu être le reflet de la veille dans le miroir du temps,

Il trouve d'un seul coup un sens dans le terreau de nos vies,

Une raison d'exister, un brin d'herbe pour repousser la nuit.

Juste parce que la pointe d'un feutre rouge l'a teint d'écarlate.

C'est puissant ce qu'un petit feutre rouge peut décider...

Et voilà, je ne sais plus,

Je sais plus.

Quel jour était-ce ?

Dis-moi, quel jour était-ce ?

Ce jour où l'on s'était promis que l’on s'en irait, que l’on s'en irait.

Se gaver d'air frais

Loin de ces vipères d'asphalte et de ces jungles de béton,

De ces masques gris et de leurs bergamasques morbides.

Partir, oui, partir,

Foutre nos agendas à la poubelle et même leur marcher dessus !

Pour foutre une claque aux discours qui nous imposent le mutisme,

Pour tenir la dragée haute aux fausses intentions de compassion,

Et laisser nos bagages dans les sas de sécurité des aéroports...

Parce qu'on n’avait pas l'intention de voler.

J'm'en souviens de ça.

On n'avait pas l'intention de voler.

On voulait juste toucher le ciel mauve des crépuscules qui se donnaient en spectacle.

Tu voulais caresser les ombres brûlantes des nuages saphir que l'on ne voyait pas depuis la terre,

Et moi, je voulais simplement pousser la porte des astres pour leur conter fleurette.

 

Quel jour était-ce ?

Dis-moi, quel jour était-ce ?

Ce matin, où nous avons décidé de nous rencontrer.

T'avais mis un manteau rouge ce jour-là,

Comme la pointe du feutre qui avait bloqué cette date dans l'agenda.

Moi ? Je crois que c'était un pull de jade que je portais, avec un jeans bleu pétrole pour faire fuir les ombres.

Enfin, je ne m'en rappelle plus.

On avait choisi un terrain neutre, un lieu-dit blanc et une chanson aussi, ça, je me souviens, il y avait une chanson.

Un chant en fleur de coton,

Et des bleuets d'amant pour les peindre.

C'était beau les couleurs de nos chimères,

Ces croyances teintées de mousse à la menthe,

Ces clins d'œil incandescents,

Et ces phrases d'azur que l'on déversait le long du fleuve.

 

Quel jour était-ce ?

Dis-moi, quel jour était-ce ?

C'est horrible à dire, tu sais mais je ne m'en souviens pas !

Je ne m'en souviens pas.

Si ce n'est qu'on avait bloqué une date dans l'agenda.

Et que l'aéroport nous avait rappelé pour qu'on vienne récupérer nos bagages.

C'est ainsi que ça s'est terminé d'ailleurs, en allant récupérer nos affaires.

On a laissé les coquelicots de nos cœurs faner dans le fiel des chemins que nous avons refusé de prendre.

On a arrêté tout simplement de s'offrir des fleurs pour se dire que l'on n'avait plus rien à entendre.

Nos pieds ont de nouveau foulé le tarmac où aucun brin d'herbe ne pousse.

Et nos vies mal foutues, elles ont repris leur ressac, des soirs gris et des aubes rousses.

Petit à petit, elles ont repris leur place

Parmi ces vipères d'asphalte,

Parmi ces jungles de béton,

Et aussi

Parmi cette foule qui ne sait pas où elle va,

La tête fixée sur les communs jours de son agenda.

amour voyage souvenir

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