Le patron - Episode 7

Les mains menottées derrière le dos, il était libre. Liberté conditionnelle acceptée avec assignation à résidence. Anne payait la note. Plus qu'une ou deux nuits à Rikers Island et il pourrait retrouver le confort d’antan. C'est ce qu'il espérait du moins...

 

 

 

Tac, tac. Toc ! Tac, Tac. Toc ! Le bruit régulier des bottes sur le béton. Hagard, le visage du gardien de prison. Tchik, tchik, thack. Ses clefs jouent la musique froide des cliquetis de métaux qui s'entrechoquent. Le tic tac essoufflant des débuts de tempêtes trop tranquilles. Le compte à rebours d'une bombe à retardement. Une bombe humaine. Tac, tac. Toc ! Tac, tac. Toc !

Les gyrophares de la voiture de police s'engagent sur l'unique pont qui mène à Rikers Island. Leur hurlement se cognent contre les vagues de l'océan. Par la fenêtre, Le patron regarde l'Atlantique à la recherche d'une grandeur passée. Comme si la paix se trouvait là bas, dans le lointain.

L'odeur du métal rouillé et cette porte d'acier qui s'ouvre. Une gueule à avaler l'âme des hommes. Il est tentant de s'échapper. Le prisonnier ne songe pas à sortir de sa cellule, il sait ce qu'il a à faire. La main d'un gardien lui tend un paquet d'une centaine de grammes, le prisonnier le saisit avec discrétion. Il sait que le garde lui fait une faveur.

Les pneus crissent sur l'asphalte dans la furie d'une force impuissante. Juste de quoi laisser exploser une rage dans ce qui ressemble à un simulacre de justice. Un aveu d'impuissance face à un système erroné. Mais le calme doit revenir. Vêtu d'un uniforme, ils lui ouvrent la porte et les policiers ont l'impression soudaine qu'ils ne sont en fait que des majordomes.

Le murmure du papier qui se froisse et révèle page après page ses secrets les plus néfastes. Des pulsions mortifères s'accumulent en embouteillage dans la conscience du prisonnier. Ses yeux lancent un regard furieux aux mots qu'ils lisent comme s'ils étaient impies.

Tac ta-poc, Tac ta-poc, Tac ta-poc. Le rythme subtil de la marche des grands hommes ne se perd pas même lorsque qu'ils sont défaits. La nonchalance de l'allure va jusqu'à inspirer le pouvoir et les gradés qui se tiennent droit prennent une tournure ridicule. Une tragi-comédie se joue au cœur même de l'enfer des hommes. Tac ta-poc, Tac ta-poc, Tac ta-poc.

Ses pieds tournent en rond. Son poing gauche frappe sa main droite. Son poing droit frappe sa main gauche. Ses pieds tournent en rond. Diable ! Pourquoi cette cellule est-elle si petite ? Elle ne suffira pas pour former un ring...

Les bruits de pas ralentissent, puis s'arrêtent. La porte s'ouvre, sans bruit cette fois, et anéantit de sa lumière les ombres d'homme qui, jusque là, survivait dans l'obscurité. Elle engloutit le patron et se referme sèchement.

The New-Yorker traînait sur la table en compagnie du Washington post. Sur le lit, le New York Times et plusieurs tabloïd. Des cahiers traînaient çà et là sur le béton. Le patron comprenait petit à petit la mise en scène. Son co-détenue l'attendait sagement dans la salle de bain...

 

Note de l'auteur :

Cette nouvelle a été écrite pendant les événements du mois de mai 2011 qui ont vu Dominique Straus-Kahn, alors directeur du Fond Monétaire International, être arrêté à l'aéroport JFK de New-York parce que mis en cause d'une affaire d'agression sexuelle sur une femme de chambre. Lors de la procédure judiciaire, sa liberté sous caution ne lui est pas accordée. Dominique Strauss-Kahn passera alors une courte semaine dans une prison new-yorkaise nommée « Rikers Island ».

Rappelons que, dans cette affaire, Dominique Strauss-Kahn a bénéficié d'un non-lieu au pénal le 23 août 2011. Au civil, c'est une « transaction financière » qui mettra fin aux procédures engagées par sa victime.

Dominique Strauss-Kahn est actuellement jugé au tribunal de Lille pour une affaire de « proxénétisme aggravé en réunion ».

Cette nouvelle propose un récit imaginaire du séjour de Dominique Strauss-Kahn à Rikers Island.

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