Blood diamonds, bis repetita ?

Au mois de novembre 2011, l’institution internationale chargée de proscrire le commerce des diamants du sang – un organisme qu’on appelle de manière générique le Processus de Kimberley (KP) – a autorisé l’une des dictatures les plus corrompues et les plus sanguinaires du globe, le Zimbabwe, à vendre ses diamants sur le marché mondial. Cette normalisation a provoqué un tollé. Pour certains, le KP aurait juste légalisé un réseau de contrebande qui s’était établi de facto entre le Zimbabwe, le Mozambique, Dubaï et l’Inde. Retour sur quatre ans d’infractions aux droits de l’Homme, de malversation, et de trafic d’armes.

Publié sur Le Soir

« Nous sommes maintenant la plus grande société de diamants dans le monde et cela a été confirmé par la KPC (Kimberley Process Certification). Nous sommes la plus grande société minière de diamants dans le monde parce que nous avons dépassé les exigences minimales du KPC. Nous sommes les plus grands en termes de quantité de minerai que nous sommes capable de traiter tous les jours. Nous sommes également importants en termes de terrain, nous avons obtenu les plus grands gisements au monde. »

Munyaradzi Machacha, l’un des chefs exécutifs d’Anjin, ne tarit pas de superlatifs au sujet de la firme qu’il dirige. Il peut en effet être satisfait. Son entreprise s’est taillée la part du lion dans l’exploitation des champs diamantifères de Marange, à l’est du Zimbabwe. Via le ministère zimbabwéen des mines, Anjin a obtenu des droits d’exploitation sur quatre des plus grosses parcelles mise en jeu dans la région du Chiadzwa.

Anjin, c’est une filiale minière composée pour moitié par l’Anhui Foreign Economic Construction (Afec). L’Afec est une société spécialisée dans le bâtiment et basée en Chine. Progressivement, l’Afec part à la conquête du monde. La multinationale est devenue l’un des fers de lance de l’offensive menée par l’empire du milieu sur le continent noir. Elle construit des aéroports au Mozambique, érige des buildings à Madagascar, aménage un stade de cricket à Grenade… Aujourd’hui, il semble que la multinationale chinoise se soit découvert une passion pour le secteur minier et, plus particulièrement, l’exploitation de mines de diamants. En créant Anjin, la Chine marque son implantation dans le secteur très lucratif du diamant.

Aux côtés des Chinois, Mbada Diamonds, filiale du Reclamation Group basé à Johannesburg (Afrique du Sud) s’intéresse elle aussi de très près aux pierres précieuses du Zimbabwe. Avec Canadile Miners, Mbada Diamonds fut parmi les premières entreprises à s’intéresser à Marange. Les deux firmes s’y sont implantées en 2009.

« Le Zimbabwé a touché le gros lot »

Au total, ce sont six entreprises minières, qui sont parties à l’assaut des champs diamantifères de Marange. Des champs d’une richesse en diamants incroyable. Mark Van Bockstael, expert international à l’Antwerpen World Diamond Center (AWDC) décrit la situation en ces termes : « La découverte des champs de Marange est une opportunité incroyable pour le Zimbabwe. C’est le plus riche gisement de diamants jamais découvert au monde. Prenez mon bureau par exemple ! Il a un volume d’un mètre cube. En creusant l’équivalent de ce bureau dans les champs de Marange, vous en avez assez pour tirer 1.000 dollars. C’est du jamais vu. Il est aisément imaginable qu’un homme puisse creuser un mètre cube par jour, voire deux. Alors imaginez, plusieurs ouvriers produire une richesse équivalent à 1.000 ou 2.000 dollars par jours, et ceci sur des milliers et des milliers d’hectares. Le Zimbabwe a touché le gros lot ! »

Un Eldorado. Depuis la découverte des champs en 2006, c’est une véritable ruée vers l’or qui s’est opérée. Les entreprises viennent du monde entier et n’hésitent pas à investir des centaines de millions de dollars pour pouvoir exploiter cette richesse. Anjin a investit la bagatelle de 380 millions de dollars américains dans les champs de Marange. Mbada Diamonds qui fut l’une des premières entreprises sur place, avait d’emblée mis la main sur 1.000 hectares.

Des investissements lourds qui d’habitude, font l’objet d’une communication importante sur les sites corporatifs de grands groupes multinationaux. Dans le cas de Marange, la situation est toute autre. Ni Mbada Diamond, ni Anjin n’ont de site internet qui leur sont propres. Aucune des deux firmes ne semblent se féliciter des investissements qu’elles viennent d’effectuer. La discrétion est donc de mise sur cette ruée vers les diamants. Cette discrétion n’est pas surfaite. Elle a une raison.

Il faut remonter quatre ans en arrière pour la comprendre. Les diamants de Marange sont découverts en 2006. La rumeur d’un gisement de diamants jamais égalé au monde se répand vite. Un autre expert belge de rayonnement international, Filip Van Laere, dira ce propos : « Le Zimbabwe a cinq millions de carats de stocks de diamants prêts à être immédiatement mise sur le marché international, ce qui permet au pays de gagner environ 20 % de la part de marché mondial. » En novembre 2008, Robert Mugabe, président du Zimbabwe, n’hésite plus : fragilisé par la création d’un parti d’opposition qui mine sa dictature militaire, il envoie l’armée pour marquer son autorité sur Marange – en fait faire main basse sur ces mines. De nombreuses infractions aux droits de l’Homme sont commises : expropriations, tortures, travaux forcés, viols, meurtres. Human Rights Watch fera état d’au moins 214 morts. Le nom donné à cette opération par les autorités Zimbabwéennes est explicite : « Hakudzokwi », comprenez « Vous n’en reviendrez pas ».

Robert Mugabe est un habitué de ce genre d’acte. Chef de guérilla dans les années 1960, il accède au pouvoir zimbabwéen en 1980. Un pouvoir qu’il ne lâchera jamais jusqu’à aujourd’hui. Pour mieux l’asseoir, le régime de Mugabe se joue des tensions entre ethnies, mais aussi des tensions raciales entre les populations autochtones et les anciens colons. La réforme agraire qu’il engage dans les années 2000 en est un exemple assez éloquent : Mugabe décide d’exproprier les fermiers blancs qui avaient conservés leurs terres après la colonisation. La redistribution se fait de manière anarchique. Des militaires encouragés par Mugabe prennent possession des exploitations agricoles. Cette réforme rencontre une résistance rapidement écrasée dans le sang. Les fermiers blancs sont priés de plier bagages avec leurs employés. A défaut, ils sont massacrés. Depuis, l’un des pays que l’on considérait comme le grenier agricole du continent africain ne parvient pas à nourrir l’ensemble de ses habitants. Son indicateur de développement humain est le plus faible du monde : au Zimbabwe, on ne parle pas d’inflation mais d’hyper-inflation puisqu’en 2009, elle avoisinait les 231.000.000 %.

« Je crains pour ma vie, mais j’essaie de ne pas être parano »

Malgré la dictature, des voix s’élèvent contre le despote. En 1999, Morgan Tsvangirai fonde un parti d’opposition : le Mouvement pour un Changement démocratique. Mais en juin 2008, Morgan Tsvangirai abandonne la course à la présidentielle alors qu’il vient de remporter de premier tour. Sa crainte : que les électeurs soient massacrés. Avec pareil forfait, Robert Mugabe est reconduit au pouvoir alors qu’il a 84 ans. La communauté internationale conteste. Emmenée par le leader sud-africain Jacob Zuma, la vague de protestation est telle que le dictateur Mugabe se voit contraint de confier le poste de Premier ministre au leader de l’opposition. Une cohabitation qui se révèle inconfortable pour Morgan Tsvangirai, puisqu’il le contraint à la collaboration sans que les dérives du régime de Mugabe ne cessent pour autant. En ce qui concerne les diamants de Marange, M. Tsvangirai semble avoir fermé les yeux sur l’ensemble des fraudes présidentielles

De fait, il faut se tourner vers les associations de défenses des droits de l’Homme et leurs activistes pour trouver une voix contraire à celle du gouvernement du Zimbabwe. Parmi elles, celle de Farai Maguwu, directeur du Center for Research and Development (CRD), une association basée à Mutare à quelques kilomètres de Marange. Farai est de ceux qui ont continué de dénoncer les mauvais traitements (assassinats, tortures, travaux forcés) imposés par l’armée dans les mines de Marange après le choc de 2008. Farai Maguwu sera incarcéré le 3 juin 2010. Durant son séjour en prison, Farai Maguwu tombe malade. Il ne sera pas soigné. L’Union Européenne réagit. Le 8 juillet 2010, elle publie un communiqué demandant la libération immédiate. Farai Maguwu sera libéré le 13 juillet. Entre temps, les autorités zimbabwéennes l’ont qualifié d’ennemi d’Etat. Dans une interview accordée à une radio néerlandaise, l’activiste déclare : « Je crains pour ma vie mais j’essaie de ne pas être parano ».

Si Farai Maguwu dérange toujours autant, c’est que depuis 2008, la situation ne semble pas avoir changé à Marange. Deux études dressent l’inventaire des abus et du système de corruption qui entourent les champs de Marange: l’une est réalisée par Global Witness en février 2012, l’autre en octobre 2011par l’association zimbabwéenne de défense des droits de l’Homme Sokwanele.

Anjin, des liens étroits avec l’armée

Il faut d’abord commencer par le cœur de cette production diamantaire, à savoir le régime de Mugabe d’une part, et les compagnies d’exploitation minière d’autre part. Depuis le massacre de novembre 2008, les autorités d’Etat ont le contrôle sur l’ensemble des champs diamantifères du Chiadzwa, quelque 16.000 hectares qui forment ce qu’on appelle le champ diamantifère de Marange. Il n’existe pas de société d’exploitation des champs de Marange sans que le ministère zimbabwéen des mines n’ait une part dans le capital des compagnies en question, ou que ce département n’y place des personnes proches du régime. La structure même par le truchement de laquelle agit le ministère des Mines, la Zimbabwean Mining Development Corporation (ZMDC), est obscure. Il s’agit d’un organisme parapublic géré par Godwills Masimirembwa, un proche de Mugabe, ayant lui-même créé un organisme spécial dédié aux diamants, dénommé Marange Ressource. Le ZMDC se charge de prendre des parts dans le capital de chaque compagnie étrangère venue exploiter les richesses minières du Zimbabwe. Les diamants, mais aussi le platine.

Les Chinois d’Anjin sont une exception. Ils ne retrouvent pas le ZMDC dans leur capital, mais ZMDC a pris soin de loger l’entreprise zimbabwéenne Matt Bronze dans le conseil d’administration d’Anjin. Matt Bronze est décrite par le ZMDC comme « une entreprise avec laquelle, elle a l’habitude de coopérer ». Fait troublant, les principaux bénéficiaires de Matt Bronze ne sont pas connus. Bref, une boîte noire.
Fait plus intriguant encore : les liens tacites qui sont noués entre Anjin et les forces militaires du Zimbabwe. Il suffit de se pencher sur le conseil d’administration de la société pour nourrir quelques inquiétudes sur la manière dont les mines sont gérées : on y retrouve Martin Rushwaya, secrétaire permanent au ministère de la défense, Oliver Chibage, commissaire de police, Munyaradzi Machacha, directeur des publication au parti ZANU-PF (le parti de Mugabe), Morris Masunungure, un officier militaire zimbabwéen proche de la retraite et surtout Roméo Daniel Mutsvunguma, un colonel retraité accusé par Human Rights Watch d’avoir participé aux massacres de 2008.

Cette collaboration entre la société chinoise et les forces militaires du Zimbabwe ne s’arrête pas là. Depuis peu, l’armée zimbabwéenne semble avoir un faible pour les armes chinoises, dont elle vient d’acquérir plusieurs cargaisons. Par ailleurs, l’Afec, la société-mère d’Anjin, serait en lien étroit avec Robert Mugabe dans le financement d’une école militaire dans les alentours de Marange.
L’existence d’un tel bureau exécutif, composé largement de militaires, ne pose pas seulement la question des droits de l’Homme et des exactions commies à Marange. Elle pose aussi un grave problème de corruption. Comment assurer un contrôle indépendant des profits qui sont faits sur les diamants de Marange quand les forces de sécurité de l’Etat, partialement loyales au parti de Robert Mugabe, sont directement impliquées dans le conseil d’administration ?

Dans un article du 16 décembre 2011, John Elingon, journaliste au New York Times, assure que 10 millions de dollars issus des diamants seraient ainsi passés dans les poches de Robert Mugabe. En 2010, 60 millions de dollars qui revenaient au Trésor public zimbabwéen se seraient ainsi volatilisés. Toujours d’après notre confrère, une seule société minière extrait des diamants pour 1,4 milliards de dollars/an. Bien plus que les 300 millions encaissés par le ministère des mines. Le député zimbabwéen Edward T. Chindori-Chininga pointe du doigt une distorsion : 60% des exportations du pays proviennent désormais des mines, pourtant elles ne représentent que 10% à 15% des revenus du gouvernement.
Accusé de falsifier les chiffres, le ministère des mines s’offusque. Le ministre titulaire, Obert Mpofu, assure « qu’il est impossible de cacher quoi que ce soit ».

Au delà du détournement de biens publics, la manœuvre est politique : il s’agit pour Robert Mugabe de laisser le moins d’argent possible dans les caisses du ministère des finances géré par le parti d’opposition de Morgan Tsvangirai. Il s’agit ensuite pour M. Mugabe de démontrer le dysfonctionnement du pouvoir partagé. Comble du cynisme, M. Mugabe va même jusqu’à appeler de ses vœux de nouvelles élections afin de reprendre les pleins pouvoirs.

Travail forcé pour les enfants

Une autre société fait aussi débat dans les champs diamantifères de Marange : Mbada Diamonds. Au rang des premières entreprises à s’être implantée sur les champs du Chiadzwa, Mbada diamonds est filiale à de 50% de Marange Ressources, liée au ZMDC, et pour 50% à Grandwell, une holding mauricienne. Dans les faits, Grandwell appartient pour moitié à la multinationale Tranfrontiers, de Hong-Kong, et pour moitié à Reclamation Group, un groupe sud-africain spécialisé dans le recyclage de métaux. Ce Reclamation Group est surtout dirigé par Robert Mhlanga, ancien membre des forces armées zimbabwéennes. Un autre proche de Mugabe. Répétons-le : lorsque s’est effectuée la ruée sur les gisements de Marange, l’entreprise de M. Mhlanga fut l’une des premières sur le terrain. A cette époque, le Zimbabwe a encore sur les mains le sang des massacres de 2008, et n’est pas inclus dans le Processus de Kimberley. Le Zimbabwe n’est donc pas autorisé à exporter ces diamants. Sans certificat de Kimberley, qui garanti que la gemme n’est pas un diamant du sang, ces diamants sont considérés comme illicites dans de nombreux pays-clés du transit diamantaire tels l’Inde, la Belgique ou encore les Etats Unis. En théorie, il est impossible en théorie de vendre ces diamants.

Il semble pourtant que le régime Mugabe soit passé outre et ait vendus ces pierres via des réseaux de contrebande, en tout cas durant la période 2008-2010. Grâce aux nombreux câbles diplomatiques américains que le site a rendu public, WikiLeaks nous offre une série d’éléments qui tendent à démontrer que les infractions aux droits de l’Homme ont été – sont toujours ? – monnaie courante dans les mines du Chiadzwa. Dans un câble daté du 23 février 2010, la diplomatie américaine décrit la situation en ces termes :

« Type d’exploitation trouvée sur le lieu de production du bien :
Forces de travail: composée à la fois d’adultes et d’enfants, enfants exploités dans le travail. Les travailleurs sont souvent forcés de creuser et de trier les diamants sous la menace de soldats armés qui organisent les travailleurs en « syndicats ». Les travailleurs reçoivent une partie des diamants qu’ils creusent mais se retrouvent vite contraints d’en remettre une large part aux soldats. Les mineurs illégaux qui refusent de travailler pour les « syndicats des soldats » se sont fait tirer dessus, ont été blessés puis tués pour avoir refusé de travailler. »

Contrebande avec le Mozambique

Le 8 janvier 2010, la diplomatie américaine s’inquiète du fait que Mbada Diamonds ait organisé la veille une vente aux enchères de 300.000 carats de diamants (60 kilos, ce n’est pas rien) en violation de tous les accords internationaux. Une vente aux enchères qui aurait ensuite été interrompue par les autorités zimbabwéennes elles-mêmes, le 24 janvier 2010. Greg Seeborn, responsable d’une des mines d’exploitation de platine du Zimbabwe : Zimplat et proche du parti d’opposition, estime que cette vente a été annulée parce que le pouvoir zimbabwéen n’était pas assuré d’engranger le maximum de profit qu’aurait pu générer ces enchères.
En fait, Greg Seeborn est sûr d’une chose : si le gouvernement ne peut pas vendre ses diamants légalement, il ne se gène pas pour le faire illégalement, et les réseaux illégaux semblent bien plus juteux. Il n’est pas le seul à le penser. Il a le soutien du député Edward T. Chindori-Chininga. Greg Seeborn ira même très loin dans ses accusations alliant parfois le trafic de diamants avec le trafic d’armes. Là encore, c’est la diplomatie américaine qui raconte les faits dans un câble datant du 22 janvier 2010 :

« Sebborn a récemment survolé le site et nous a apporté des photos d’une piste d’atterrissage et d’une tour de contrôle, qui sont en train d’être construits. (…) D’après Sebborn, Mbada serait en train de transporter quotidiennement des diamants par hélicoptère, ce qui est plus que suffisant pour des diamants. Ce type de marchandise peut être transporté plus facilement et plus discrètement par route. Sebborn spécule sur le fait que la piste d’atterrissage peut servir à amener des armes au Zimbabwe. Une autre photo montre une base militaire très proche des activités de Mbada. »

Où vont ces diamants de contrebande ? Deux hypothèses sont évoquées : le Mozambique d’abord, pays neutre et effacé. Parfait pour se dissimuler. La ville de Manica, frontalière avec le Zimbabwe, est devenue avec le temps une plaque tournante de la contrebande dans le secteur du diamant. Depuis janvier, le Mozambique a été identifié comme la première destination de contrebande pour les diamants de Marange. Plusieurs rapports d’ONG et d’organisations locales identifient également le Mozambique comme le premier débouché pour les diamants de Marange. Un rapport réalisé par le Center for Research and Development (CRD) inclut des photos de diamants illégaux durant une investigation menée près des villes frontalières de Manica et de Chimoio. (…) Des acheteurs de Sierra Leone, du Liban, de Dubaï, d’Israël et de Belgique ont été identifiés.

Notre confrère John Elingon, reporter au New York Times, c’est rendu sur place. Dans un récit daté du 5 janvier 2012, il assure que la situation a changé depuis que le Zimbabwe est entré dans le processus de Kimberley en novembre 2011. Les gros diamantaires ont quitté la zone, mais les petits dealers continuent tant bien que mal leur trafic. Il décrit une zone où les soldats zimbabwéens monnaient le droit de passer une frontière qui prend de plus en plus l’allure d’une passoire. Côté Mozambique, tout le monde remarque que l’activité baisse.

L’Afrique du Sud, l’un des leaders mondiaux dans le secteur diamantaire, fait office de seconde hypothèse. Le 16 février 2010, la diplomatie américaine affirme ceci :

« Deux directeurs de Canadile Miners (l’une des deux firmes qui exploitaient les champs de Marange) ont été arrêté en Afrique du Sud, prêt de la ville de Hot Spring. Komilan Packirisamy et Viyandrakumar Naidoo étaient en possession illégale de diamants de Marange. Des pierres estimées à 28.000 $ US. »


Dubaï : le point-pivot ?

Durant ces quatre années, il y a donc fort à parier qu’une partie des diamants de Marange transitaient via par le Mozambique et l’Afrique du Sud pour être vendus. Les principaux clients de ses pierres précieuses ? Dubaï. Une place diamantaire émergente, sérieuse concurrente à Anvers du fait de sa législation ultra-laxiste.

L’émirat jouerait un rôle central dans le blanchiment des diamants du Zimbabwe et dans leur revente. Il faut remonter au 17 avril 2009 pour que naissent les premiers soupçons à son égard. L’ambassade américaine basée à Bruxelles, relate les inquiétudes de la police belge :

« Les officiels de la Police fédérale croient que le Processus de Kimberley a été indirectement affaibli par l’inaction des autorités de Dubaï dans le partage d’informations sur les diamants importés depuis l’Afrique (et d’autres endroits). Ils croient que Dubaï délivrent de nouveaux certificats de Kimberley. Au final, la police belge pense que les traders en diamants sont en train d’utiliser Dubaï pour éviter de payer des taxes. Mais la police belge s’inquiète aussi du fait que l’activité diamantaire de Dubaï puisse cacher d’autres activités comme le terrorisme (Hezbollah) ou le crime organisé. Des diamants illégaux comme ceux du Zimbabwe ou ceux de Côte d’Ivoire sont sûrement dirigés vers Dubaï pour être blanchis. »

L’Emirat deviendra un véritable casse-tête pour les autorités belges, convaincues qu’il s’agit là du point de pivot pour les diamants de contrebande. Pour la police fédérale, « Dubaï est la clef ».
Au mois de novembre 2011, l’Emirat possédait au moins 160 millions de dollars de stock de ces pierres précieuses. Un stock que l’Emirat a refusé de rétrocéder au Zimbabwe alors que le pays d’Afrique était sur le point d’entrer dans le Processus de Kimberley. Beaucoup s’accordent à dire que Dubaï aurait engrangé bien plus que 160 millions de dollars grâce aux diamants de Marange. Une accusation à laquelle l’Emirat répond que les diamants restants se situent en Inde.

A Surat, les diamants propres côtoient les diamants du sang

Une réponse qui semble vraisemblable. Dubaï ne dispose effectivement pas de centre de taille à proprement parler. De fait, les diamants de l’Emirat prennent logiquement la direction de l’Inde.
Surat est la fierté indienne dans le secteur diamantaire puisqu’elle dame le pion à Anvers depuis plusieurs années. Ce centre de 750.000 tailleurs alimente les marchés émergents : Dubaï, l’Inde et la Chine qui vient de dépasser les Etats-Unis en terme de demande en diamants. Pour donner satisfaction à un tel appétit, les gisements gigantesques de Marange semblent les bienvenus.
Le 7 mai 2011, le quotidien India Today met les pieds dans le plat. Notre confrère, Shantanu Guha Ray publie un reportage intitulé : « Les Diamants du Sang de Surat ».

Il sortira de terre un secret de polichinelle qui s’est formé autour de ces diamants du sang vendus à Surat. L’Inde serait en fait dépendante de ces pierres africaines, sans lesquelles elle ne serait pas en mesure de satisfaire la demande à laquelle elle fait face. Certaines sources affirment que les diamants de contrebande représenteraient 15% des diamants vendus à Surat. D’autres assurent que leur part serait de 40% ! Au plus faible taux, ces diamants représentent 9 milliards de dollars. Autant dire un pactole dont il est difficile de se passer. Les Indiens sont donc prêts à tout pour ces diamants.

Pour le démontrer, Shantanu Guha Ray s’est attaqué au Surat Rough Diamond Sourcing India Limited (SRDSIL), un consortium de 1.500 traders en diamants. Le consortium n’a pas attendu que le Processus de Kimberley donne son accord pour se fournir en diamants au Zimbabwe. Dès 2010, un accord était conclu : il prévoyait l’approvisionnement régulier de l’Inde en diamants d’une valeur d’1,2 milliards de dollars en contrepartie de formations des Zimbabwéens dans les unités de Surat de traitement des diamants. Rappelons qu’à l’époque, l’ensemble des diamants de Marange n’ont toujours pas d’autorisation pour être exportés. Il faudra l’aval de M. Yamba, président du KP, pour autoriser la transaction. Autant dire que cet accord s’est fait au nez et à la barbe du reste des membres du KP, impuissants.
Et voilà comment des diamants sont lavés de leur sang.

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