Où sont passés les migrants ?

Depuis quelques semaines, les bénévoles d'Emmaüs et du Secours Catholique soufflent un peu. Il y a moins de migrants dans les rues de Calais. D'après certaines rumeurs, mille d'entre eux manquent à l'appel. Se sont-ils réfugiés à l'intérieur des terres ? Ou bien, ont-il réussi à traverser le détroit ? Nul ne sait ce qu'ils sont devenus.

Pour entrer dans l'ancienne église qui sert désormais de lieu de distribution de vêtements pour les associations caritatives, il fallait, auparavant, fendre une foule d'une centaine d'hommes compressés les uns contre les autres dans l'espoir d'être servi les premiers.

Ce samedi 31 janvier, au matin, la « foule » se résumait à une dizaine d'individus attendant tranquillement leur tour. Scène inhabituelle à Calais, les migrants ne sont plus si nombreux. « C'est le matin, explique Micheline. Ils viendront tous cet après-midi ! »

Certains sont de son avis, d'autres non. Pour ces derniers, les migrants sont moins nombreux qu'autrefois. « Nous n'avons remis que 300 tickets hier pour la distribution d'aujourd'hui, assènent-ils. La dernière fois, on en distribuait plus de 500 !"

 

« L'immigration n'est pas un crime »

D'autres voient les choses sous un angle différent. Les migrants seraient restés sur le continent. Des jungles auraient vu le jour à Dunkerque. On raconte aussi que les femmes auraient trouvé refuge à Hazebrouck. Certains seraient partis en direction de Dijon où un village semble prêt à les accueillir. Aucune certitude, juste des « on dit », des « rumeurs ».

Marie-Christine, responsable du Secours Catholique à Calais, a une vision plus réaliste sur les choses. Elle porte un T-shirt réalisé par le collectif « no border » sur lequel on peut voir un ours voyageur muni d'une valise avec la mention « Migration is not a crime ». Pour elle, les migrants ont été mis dehors du centre-ville par les autorités locales.

Cela s'est fait dans un calme relatif. Il aura suffit à Natacha Bouchard, la maire de Calais, de créer un accueil de jour à plusieurs kilomètres de l'hôtel de ville. « Il faut marcher dans les dunes pour l'atteindre. Vous imaginez vous, un aller-retour dans le sable avec un seul repas par jour dans le ventre. Les migrants restent là-bas la plupart du temps. », raconte Marie-Christine.

A cet accueil de jour, s'ajouterait un arrêté municipal. Il stipulerait que les distributions de nourriture sur la voie publique sont interdites. Ainsi des associations comme Salam' dont l'activité principale reposait la distribution de repas, se retrouveraient hors-la-loi. Pour manger, les migrants sont invités à se rendre à l'accueil de jour où un repas chaud par jour leur est servi.

 

« Le mur ? Quel mur ? »

L'objectif de la municipalité semble donc atteint. Les migrants sont moins nombreux dans le centre-ville au grand regret des associations qui les aident.

« Cela ne règle pas le problème. On ne fait que le déplacer. C'est comme le mur, ça servait à rien ce truc... d'ailleurs, il n'est plus là. », constate Micheline. En disant cela, la bénévole pense à la barricade de 15 millions d'euros financées par le Royaume-Uni pour sécuriser le port de Calais.

Face à ce qu'elles appelaient un « mur de la honte », les associations de charité avaient organisé une manifestation le 18 décembre dernier dans les rues de Calais.

Hélas, ce n'est pas ce mouvement de colère qui a poussé les autorités Britanniques à renoncer à leur projet mais le vent. En l'espace de quelques semaines, Calais fut balayé par deux tempêtes, chacune d'entre elle mettant à bas ce mur qui devait renforcer la sécurité du port et provoquant ainsi l'hilarité des associations d'aide aux migrants. Le projet sera abandonné quelques jours après la seconde tempête.

Cependant les membres du Secours Catholique demeurent prudents. « Il y a des pans du nouveau mur qui ne sont toujours pas enlevés. Peut-être qu'ils recommenceront... », s'inquiète Alain, le trésorier du Secours Catholique.

Il n'a pas le temps de parler davantage. Une antenne d'Emmaüs du nord de Londres est arrivée avec un fourgon plein de dons. Alain se charge de les accueillir. Il offre le thé et le café. Autour de ce moment de convivialité, on parle de tout et de rien, de l'organisation de la distribution, de la situation sur place.

La chute spectaculaire du nombre de migrants à Calais tombe dans la conversation. On leur demande alors s'ils n'ont pas entendu parler de l'arrivée d'environ un millier de migrants en Grande-Bretagne. Les bénévoles anglais demeurent dubitatifs face à une telle information. Ils se regardent les uns, les autres, haussent les épaules. Non, ils n'ont pas entendu parler d'événement de ce type ces derniers jours dans les médias locaux... La crainte de Marie-Christine se confirme. Les migrants ont quitté le centre-ville.

 

société France migrants Calais

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