Portraits de France en gris d'asphalte - épisode 10

Tout roule... enfin presque.

 

Ainsi, je me retrouve dans le nord de la France avec ce voyage derrière moi. Je tente tant bien que mal de dessiner des conclusions quant aux personnes que j'ai rencontrées mais cela se révèle très délicat, tant les profils rencontrés sont variés...

Je prends quand même le risque en disant, à la fin de ce tour de France que le co-voiturage demeure une activité réservée à des personnes qui possèdent déjà une certaine ouverture d'esprit. J'ai rencontré des ingénieurs, des médecins, des normaliens, des professeurs (beaucoup de professeurs), des banquiers, des chercheurs... La majorité de ces personnes disposent d'un diplôme d'études supérieures. Ce n'est pas tant sur le niveau économique que l'on pourrait décrire une personne qui pratique le co-voiturage – la population s'étale du chômeur à l'ingénieur dans l'industrie pétrolière – mais plutôt sur le niveau d'étude. Les chômeurs que je rencontrais, avaient au moins un bac + 3.

En ce qui concerne les exceptions, c'est-à-dire les personnes avec un faible niveau de qualification, j'ai constaté qu'il s'agissait d'individus qui avaient gravi les échelons de l'échelle sociale autrement qu'avec des diplômes. En somme, des personnes qui, elles aussi, sont amenées à faire preuve d'une certaine ouverture d'esprit dans leur métier.

 

 

Sur le bord de la route

Je n'ai pas rencontré toute la France dans ce voyage. Je n'ai pas croisé le banlieusard du 93, ni l'ouvrier des chantiers navals de Saint-Nazaire ou encore la mère au foyer de Lyon... La partie la plus précaire du pays, je ne l'ai pas vue. Je le fais remarquer car dans une photographie, ce qui apparaît, est important, bien sûr, mais ce qui n'apparaît pas, l'est tout aussi.

Ainsi, dans les différents portraits que j'ai pris, il manque des membres de la famille. Non pas, qu'ils n'existent pas dans ce pays. C'est juste qu'il s'agit de personnes qui n'ont pas la possibilité de partir en vacances ou qui n'ont pas l'habitude de voyager, d'où leur absence dans les voitures cet été (et aussi la présence de nombreux professeurs, nous étions en juillet).

Malgré tout, cette frange de la population est pourtant bien présente dans le récit que je vous ai livré. Il s'agit des alcooliques de Maude, des licenciés en reconversion d'Anca ou encore des clients à découvert de Thierry et Julien. On pourrait y voir une image marquante de notre société actuelle : ceux qui ont un certain niveau d'éducation montent dans la voiture. Les autres restent sur le bord de la route...

 

 

E pisode10

 

Concours Apaj-Libé

Ainsi donc, si je devais définir l'usager du co-voiturage, je dirais qu'il a un certain niveau d'études et si ce n'est pas le cas, son niveau de vie est plutôt aisé. Je ne m'avancerai pas plus loin dans cette conclusion.

Je profite de cet espace de conclusion pour répondre à certaines questions et commentaires qui m'ont été posés pendant le voyage. La première : Pourquoi un reportage sur le co-voiturage maintenant ? Chaque initiative a son prétexte. Le mien est moins noble de ce que l'on pourrait croire. Je me suis lancé dans ce reportage pour une raison principale. Il s'agit pour moi de participer à la catégorie photo du concours Apaj-Libé dont le thème est : « Sur la route à la rencontre des autres ». Les photographies que vous découvrez sur ce blog ne seront pas présentées à ce concours. J'ai gardé l'exclusivité de mes meilleurs clichés pour Libération, au cas où...

Vient alors la seconde question : oui, mais pourquoi publier ces textes sur ton blog, alors tu aurais pu les vendre ? C'est vrai, j'aurai pu convaincre une rédaction d'acheter mon reportage. Je ne l'ai pas fait pour une raison simple : j'avais une idée en tête, je voulais la réaliser et montrer ce que je savais faire sans garde-fou.

 

Revenir vers le lecteur

Ma plus grande satisfaction pendant ce voyage fut de constater que mes lecteurs étaient capables de me faire part de détails qu'ils avaient aimé ou non pendant leur lecture. C'était là, la preuve qu'ils avaient lu chacun de mes épisodes. Concernant la fréquentation de mon site, j'ai totalisé 706 visites en douze jours soit une moyenne de 59 visiteurs par jour ! Ce blog a été créé il y a à peine deux mois. Pour un support de contenus parti de rien, c'est une fréquentation honorable.

Cela démontre surtout qu'en tant que journaliste nous pouvons faire confiance aux lecteurs. A partir du moment où nous prenons soin de lui, à partir du moment où nous lui racontons une histoire, le lecteur suit le journaliste. Il faut aller au-delà du chiffre et de l'anecdote. Non pas que le chiffre et l'anecdote ne servent à rien, ils ont leur utilité bien sûr, mais limiter son activité de journaliste à commenter ces seuls éléments, c'est faire un travail incomplet. Le reportage au long cours est nécessaire pour vraiment comprendre un problème.

L'intention du reportage était donc là. Aller au-delà des chiffres et des anecdotes que l'on nous sert tous les jours. Chercher les visages des chiffres du chômage, du taux de croissance et de la côte de popularité du président de la République. Donner une plus-value à l'information selon laquelle la France va si mal, voire la vérifier. Tout cela, non pas par simple curiosité mais parce que des lecteurs sont avides d'avoir accès à ce genre d'informations.

 

Réinvestir dans le narratif

Je suis convaincu qu'il faut réinvestir dans le narratif et dans le long format. Je ne me pose pas contre une certaine forme de journalisme mais plutôt en faveur d'un modèle. Je ne suis pas le seul à avoir ce discours. Pour comprendre le fond de ma pensée, je vous invite à lire le Manifeste XXI auquel j'adhère.

Un journaliste sans ses lecteurs, n'est pas grand-chose. Je consacre alors un peu d'espace dans ce dernier billet pour remercier ceux qui m'ont suivi : vos marques d'attention, petits mots, et autres partages sur Facebook font chaud au cœur.

Merci aussi à mes hôtes sans qui ce reportage n'aurait jamais pu voir le jour : le p'tit Jibouille, Yves, Sophie, Mussette, ma tante Pascale, la famille De Casanove, et Myan, l'ami de toujours.

 

Manifeste 3

Une absence inquiétante

Un dernier mot enfin, sur cette France dont on parle tant dans nos journaux, ce pays qui va si mal et dont je voulais prendre le pouls... Au regard des personnes que j'ai croisées sur les banquettes arrières des automobiles, je pourrais vous dire que tout roule. Ceux qui ont un boulot, le font avec envie et se plaignent rarement. Ceux qui n'en ont pas, essaient tant bien que mal d'aller de l'avant. Ils changent de région, se lancent dans des projets ou... se marient. La plupart ont une opinion modérée sur la politique, la culture, les sports. Il existe aussi des personnes convaincues par leurs idées... mais jamais de haine de l'autre. Oui, la France du co-voiturage est une France qui va bien.

Mais, elle masque les autres Français. Ceux qui restent sur le bord de la route et qui je suppose, vont beaucoup moins bien. C'est une partie du pays qui est demeurée muette pendant ce voyage, et cela est inquiétant. Le fait que cette partie de la France n'apparaisse pas dans ces photographies montre que le fossé se creuse, non pas entre les plus riches et les plus pauvres, mais aussi entre les plus éduqués et les moins éduqués. L'un allant souvent de paire avec l'autre. Cette absence révèle un pays en grand manque de cohésion sociale. Un pays qui n'a pas réussi à embarquer tout le monde dans le chemin qu'il s'est tracé. Un pays à l'image d'une famille, qui lorsqu'elle part en vacances, laisserait ses enfants les moins doués sur le bas-côté de l'autoroute.

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