Portraits de France en gris d'asphalte - épisode 2

Lille – Paris : Des mines de charbon aux puits de pétrole !

 

J'avais donc rendez-vous le 12 juillet à Lille dans une station essence proche de la porte des Postes aux alentours de 16h. La seule chose que je savais en entamant ce voyage, c'était le nom de mon conducteur : Christophe et son âge : 33 ans. Le reste est laissé au hasard...

Comme le nom des autres passagers. En l'occurrence, il s'agissait là de passagères. Fanny, psychologue originaire d'Albi, elle est venue à Lille afin d'explorer des opportunités d'emploi. Maude est médecin généraliste dans la région. Elle est originaire de Saint-Etienne. Elle travaille dans le bassin minier et dans quelques quartiers difficiles de Lille. Christophe, pour sa part, a grandi à Auxerre. Il vit à Paris désormais.

Avec sa tchatche, Christophe met facilement ses passagers à l'aise. Très vite, des anecdotes concernant le co-voiturage se racontent. Fanny pense avoir eu la chance de voyager avec la doyenne des « co-voitureurs » « Une dame de 90 ans, la pêche et l'esprit très jeune. Elle s'est mis à l'informatique et trouve le co-voiturage très pratique ». Christophe quant-à-lui a déjà transporté des moines dans sa voiture allemande.

« Ce sont des personnes qui aspirent à vivre dans un certain dénuement, c'est pour ça qu'ils avaient choisi un co-voiturage d'ailleurs... mais bon ils étaient loin de s'imaginer voyager en Audi ». La voiture éclate de rire et le conducteur reprend son histoire. « En fait, j'ai beaucoup appris sur eux. Sans le co-voiturage, je crois que je n'aurais jamais rencontré de moines de ma vie. »

 

 

Des bonbons

Dans la foulée, Christophe nous parle de son métier. Ingénieur dans l'industrie pétrolière, il construit les fondations des stations offshore. « Tout se passe en milieu sous-marin. On doit atteindre les poches pétrolifères sous l'eau et une fois que c'est fait, on doit tout sécuriser pour construire le reste du puits. » Ses contrats l'amènent en Angola et au Mozambique. « Ouais, c'est bien loin d'une vie monastique tout ça ! »

Puis Christophe ouvre l'accoudoir de son siège. A l'intérieur des boîtes de Ricola, des cachous... « Un bonbon ? » Les friandises sont acceptées avec plaisir et Fanny en profite pour sortir un paquet de biscuits. Ils sont eux aussi dévorés autour de discussions plus légères. Pendant ce temps, la route continue de se faire avaler par les essuie-glace du véhicule.

 

Fanny maude

 

Médecin dans le bassin minier

Maude en vient à parler de son quotidien. Les patients qui fréquentent les cabinets où elle effectue des remplacements et le désœuvrement de plusieurs d'entre eux, notamment dans le bassin minier. « L'alcoolisme est un véritable problème. Les personnes ne se rendent pas compte qu'elles sont dépendantes. Elles ne savent pas que l'alcool est un poison qui détruit des cellules nerveuses et c'est ça le plus dangereux. » Elle poursuit sur certaines consultations face auxquelles elle se sent impuissante.

« Des personnes viennent me voir alors qu'ils n'ont pas de soucis de santé. Ils veulent que je leur explique comment fonctionne la sécurité sociale ou les aider à comprendre un document administratif qui leur semble obscur. » Il n'y a pas de jugement dans le propos de Maude, ni même d'accusation. Juste un état de fait... « Ces personnes sont livrées à elles-mêmes. Elles ne savent pas comment s'en sortir et pour le moment, nous n'avons toujours pas trouvé la solution à ce problème. »

Le récit est inquiétant. Il décrit une frange de la société laissée sur le côté. Une réalité qui ne semble perceptible que par les médecins, assistants-sociaux et autres animateurs de quartiers travaillant dans ces contextes.

 

Le monde est petit

De son côté, Fanny écoute attentivement le récit de chacun. Elle explique ensuite son parcours : plusieurs emplois lui permettant de gagner sa vie sans y trouver l'épanouissement qu'elle recherchait.

Afin de rejoindre son compagnon à Lille, elle recherche un emploi de psychologue. De préférence, un poste concernant les questions migratoires. « Je me suis spécialisée dans ce domaine. J'ai étudié le phénomène de perte d'identité, d'appropriation de nouveaux codes culturels etc. » Un aspect qui intéresse aussi Maude. « Quand je suis en poste à Lille, je me retrouve parfois confrontée à ce genre de problématique avec des patients d'origines étrangères. La question des valeurs est très importante. »

Puis la politique prend le dessus. Le système présidentiel en France, l'Europe, le modèle d'intégration américain. Christophe nous parle du Texas qu'il semble connaître par cœur. Sa voiture prend l'allure d'un café du commerce ambulant l'espace d'une petite heure.

 

Christophe

 

 

Au fur et à mesure, l'autoroute à deux voies se transforme en trois voies puis en quatre voies. La tour de contrôle de l'aéroport Charles-de-Gaulle apparaît à l'horizon, puis le Sacré-Coeur et enfin la tour Eiffel. Nous sommes à Paris.

Fanny nous quitte à porte de la Chapelle et Christophe nous conduit Maude et moi au centre de la capitale. Au moment de quitter ces premiers compagnons de fortune, je constate que les bassins miniers du nord de la France se sont frottés aux puits de pétrole offshore du Mozambique et de l'Angola. De quoi dire que le monde est petit, au moins aussi petit qu'une voiture allemande.

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