Portraits de France en gris d'asphalte - épisode 3

Bourg-la-Reine – Dijon : La future élite du pays dans une 807

 

Pour repérer son conducteur d'un seul coup d'oeil, il suffit d'arriver avec quelques minutes de retard au lieu de rendez-vous. Dès lors, il n'y a plus qu'à chercher un petit attroupement de valises, de sacs à dos, et autres besaces autour d'une personne sans bagages cherchant à vous joindre avec son téléphone portable...

C'est comme ça que j'ai trouvé Hélène au premier coup d'oeil. Nous nous sommes retrouvés à la gare RER de Bourg-la-reine, les deux autres voyageurs étaient déjà arrivés. Ils ont souhaité ne pas figurer dans ce reportage. C'est pourquoi, je ne parlerai pas d'eux plus longuement ici. Nous montons dans un monospace Peugeot, direction Dijon en ce qui me concerne, la Suisse pour les autres passagers.

Hélène n'a pas encore vingt ans mais elle dispose déjà d'une pleine confiance en son avenir. Il faut dire qu'elle incarne la future élite du pays. Ancienne élève en khâgne au prestigieux lycée Henri IV à Paris, elle entrera à l'Ecole Normale Supérieure (ENS) au mois de septembre.

« Ce n'est que le début d'un nouveau cycle », raconte-t-elle. C'est vrai qu'elle parle de tout cela avec naturel et simplicité. Comme si cette admission à Ulm, le p'tit nom de l'ENS, avait été évidente. Pourtant, sa dernière année de prépa fut loin d'être de tout repos pour la nouvelle normalienne.

 

Helene

 

Au théâtre

« On sentait dans la classe que la tension montait au fur et à mesure que l'échéance des concours arrivait. Certaines personnes avaient du mal à tenir la pression. » Le plus étrange pour Hélène, c'est le fait qu'elle pourra partir en vacances cet été. « Ca fait quand même bizarre de se dire que je n'aurai pas la tête dans mes livres et mes cahiers durant les mois de juillet et d'août. »

Son avenir Hélène le voit dans l'étude du théâtre. « C'est un domaine de la littérature qui me plaît beaucoup. Je ne sais pas encore si je pourrai étudier cela à l'ENS. Si une opportunité se présente, je fonce dans cette direction. »

Sa voiture, par contre, ne fonce pas. Nous n'échappons pas aux fameux bouchons parisiens. Petit à petit, le véhicule prend la direction de Brétigny-sur-Orge où Hélène doit récupérer l'un de ses camarades de classe : Ivan.

Celui-ci n'a pas eu autant de chance qu'Hélène. A quelques points près, il n'a pas pu intégrer les écoles qu'il désirait. « J'ai envisagé la possibilité d'intégrer une fac' de géographie, mais tout s'est joué à un cheveu. Je préfère cuber, sinon je le regretterai ». Le terme « cuber » signifie « redoubler » dans le jargon des classes préparatoires. Ainsi, Ivan retournera à Henri IV au mois de septembre et son été s'annonce studieux.

 

Martial

« Je prends quelques jours de vacances avec Hélène, et après je reviens à Paris pour étudier. » Et l'idée de la fac' de géographie qui lui a traversé l'esprit ? « Je crois que c'est un souvenir de ma première khôlle (interrogation orale en prépa). Le sujet, c'était : l'aménagement du territoire et les politique d'urbanisme en Belgique. Je n'y connaissais rien. J'ai eu 5. Je l'ai assez mal pris. »

 

Ivan

 

 

Le tout est raconté avec humour puis Hélène et Ivan s'échangent des souvenirs de cette année de prépa. Tout y passe de l'étude du monde arabe aux poètes latins, Ivan ne cache pas son goût pour un auteur qui répondait au nom de Martial. « Je ne sais pas ce que les femmes lui ont fait. Une chose est sûre, il ne les aimait pas beaucoup. »

Et puis, les noms des autres camarades ressortent. Où a été admis celui-ci ? Que fait celle-là ? Les histoires d'amour n'échappent pas non plus à la discussion.

Le temps passe vite, les discussions sont riches et d'un coup le panneau « Dijon – Capitale des ducs de Bourgogne » apparaît sur le bord de la route. Quelques minutes plus tard, Hélène me dépose devant le parvis de la gare SNCF et Ivan lance une dernière plaisanterie. Le temps pour moi de reprendre mon sac à dos, je leurs souhaite Bonne chance en guise d'adieu. Et alors que je vois la 807 d'Hélène prendre un dernier virage avant de disparaître de mon champ de vision, je me dis que je n'ai pas vraiment d'inquiétudes à me faire pour ces deux-là.

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