Portraits de France en gris d'asphalte - épisode 4

Dijon – Lyon : Humour, féminisme et Espagne.

 

- Rémi ?

- Oui, Stéphane, tu es où ?

- A la gare.

- Ah... moi, aussi. Je ne te vois pas.

- Je suis garé Avenue Albert Ier.

J'ai mis un bon quart d'heure avant de retrouver Stéphane. Dans la gare de Dijon, l'accès à l'avenue Albert Ier est bien caché pour celui qui ne connaît pas la ville...

Il faut emprunter un souterrain qui ne semble destiné qu'au seul accès aux voies. J'ai finalement retrouvé mon conducteur et sa Citroën C4 garée en double-file. Le temps pour grimper dans la voiture est court, je constate que trois autres passagers sont installés sur la banquette arrière du véhicule. « On va vite trouver une aire de repos, m'informe Stéphane. On aimerait passer aux toilettes ».

L'équipée roule depuis plusieurs heures. Ils ont pris la route depuis Nancy. Dijon est le seul arrêt du parcours. Anne-Sophie qui se trouve derrière moi, annonce la couleur. « J'espère que tu as de l'humour ! On a fait un détour juste pour toi. » Des rires goguenards lui répondent, l'ambiance est bonne. Le trajet s'annonce agréable.

 

Comme prévu, la voiture s'arrête à la première aire de repos. La pause dure un bon quart d'heure. Certains se restaurent, d'autres non. C'est le cas d'Antony. Il a tout son temps pour discuter. « Je suis professeur des écoles. Je viens de terminer ma période de stage », raconte-t-il. Pour lui les vacances, ça sera dans quelques années. « Je dois préparer mes cours pour l'année prochaine, ça va faire du boulot tout ça ! »

Les autres reviennent, et finissent par se présenter plus longuement. Anne-Sophie est consultante en reconversion. Elle aimerait se tourner davantage vers le domaine de la psychologie. Stéphane est CPE dans un lycée. « L'année prochaine, je serai muté dans un collège. Ça sera une autre paire de manche. » Ricardo annonce qu'il est « franco-espagnol et étudiant à la retraite ». « J'ai terminé des études dans le domaine du tourisme ce mois de juin, explique-t-il. Je ne suis plus vraiment étudiant, ni vraiment actifs en ce moment. Je suis entre les deux. »

 

Aire de repos

Ces présentations faites, le groupe reprend la route. Comme souvent la discussion part sur les expériences en co-voiturage de chacun. Stéphane a déjà conduit un athlète qui revenait d'un meeting et un créateur de jeux de société. Mais l'anecdote qu'il retient, c'est un trajet jusque Bruxelles. « J'ai conduit une fille et un garçon. Le type devait rejoindre sa copine à Bruxelles et la fille retournait chez elle. Et bien, pendant tout le trajet, ils se sont dragués l'un l'autre, et le mec a largué sa copine en arrivant à Bruxelles pour repartir avec l'autre. J'étais bouche bée ! »

 

Anne-Sophie a soufflé le chaud et le froid sur les routes de France. « J'ai rencontré une professeure de SVT qui s'investit dans beaucoup de projets alternatifs. Nous nous sommes tout de suite bien entendues et je la fréquente encore aujourd'hui. »

En revanche, la jeune femme garde un tout autre souvenir d'un trajet Grenoble – Lyon. « Mon conducteur avait des idées très arrêtées sur la place des femmes dans la société. Il me lançait des regards oppressants dès que je lui signifiais que je n'étais pas d'accord avec lui. J'ai été angoissée durant tout le trajet. »

 

Anneso ricardo anto

 

Une anecdote qui fait réagir Antony. « Quand on voit comment certaines filles sont habillées à l'école, ce que tu racontes, n'est pas étonnant. » Le jeune professeur décrit quelques-unes de ses écolières hyper-sexualisées à l'âge de sept ans. « Elles se mettent du rouge à lèvres ou portent des talons. » Il reconnaît la part de jeu et de mimétisme dans ces tenues, mais s'inquiète de la représentation que ces écolières se feront d'elles-mêmes quand elles seront grandes.

Notre véhicule a déjà bien filé. Nous nous retrouvons sur les quais de la Saône, en plein de cœur de Lyon, sans nous en rendre compte. Stéphane dépose Anne-Sophie dans le quartier de la Croix-Rousse. Quant à Ricardo, Antony et moi-même, nous sommes déposés devant la gare Lyon Part-Dieu.

 

Antony prend la direction du métro, on l'attend pour déjeuner. Ricardo et moi-même choisissons de partager un repas ensemble dans un restaurant proche de la gare. C'est l'occasion pour lui de me parler de l'Espagne. « J'ai fait une partie de mes études à Cordoue et une autre partie en France. ». Nous parlons de la crise qui frappe l'emploi des jeunes dans les deux pays. « J'ai l'impression que la France vit la même chose que l'Espagne, mais de manière plus atténuée. Ce qui permet à la France de ne pas vraiment craquer, c'est le fait qu'il existe ici un tissu industriel encore important. En Espagne nous n'avons pas cela. Notre développement économique s'est basé sur du logement spéculatif, c'était trop fragile. »

 

Malgré tout, Ricardo a des projets. « Je vais me trouver un travail pour acquérir un peu d'expérience puis j'espère pouvoir lancer ma propre entreprise. Je crois qu'il y a beaucoup de chose à explorer dans le domaine du tourisme écologique. »

Nous revenons sur l'Espagne et un cas de corruption concernant Suzana Diaz, la présidente de l'Andalousie. Un rapprochement est fait avec Nicolas Sarkozy et ses déboires judiciaires. « Ca va mal finir tout ça », s'inquiète Ricardo.

Le milieu de l'après-midi approche et mon compagnon de fortune doit me fausser compagnie. Il a une « correspondance » à prendre à l'aéroport Saint-Exupéry pour rejoindre Toulouse. « Un autre co-voiturage », explique-t-il. Je le laisse filer et pense déjà ma propre « correspondance », celle du lendemain. Je prendrai la direction d'Aix-en-Provence.

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