Portraits de France en gris d'asphalte - épisode 6

Aix-en-Provence – Bordeaux  : Les retours de vacances, déjà !

 

Dimanche 20 juillet, je suis à mi-parcours. J'attends un autre Thierry à la gare SNCF d'Aix-en-Provence. Cette fois, j'ai pris un casse-croûte dans ma besace. Ce trajet sera le plus long de mon voyage. Environ cinq heures de route ; un peu plus si je compte la pause déjeuner...

Thierry arrive à l'heure comme ce fut le cas avec l'ensemble de mes conducteurs jusqu'à présent. Je prends place dans sa Renault Mégane et nous prenons d'abord la route de Montpellier. « Nous devons aller chercher une autre passagère là-bas », explique Thierry.

Sur ce tronçon, ce n'est pas Thierry qui conduit mais Julien, un ami avec qui il a passé les vacances dans la région.

Les deux compères sont banquiers dans la région de Nantes. Thierry s'occupe des particuliers et Julien travaille principalement avec des agriculteurs. « C'est clair que le contexte économique est différent. » Julien prend soin d'éviter les généralités. « L'agriculture, c'est un domaine très diversifié : on passe de l'éleveur de le chèvre au viticulteur en passant par les gros céréaliers. Ce ne sont pas les mêmes métiers, ni les mêmes besoins, ni les même aléas économiques. »

Julien justifie son propos en prenant des exemples dans les situations auxquelles il est confronté tous les jours. « Le secteur laitier s'est bien porté cette année. Par contre, c'est un autre topo dans le domaine du porc et des chèvres... »

 

Patience

Ce qui arrive de plus en plus dans le quotidien des deux banquiers, c'est le nombre de comptes à découvert. « Les gens souffrent, ça se voit. Dernièrement, il y a plusieurs entreprises qui ont fermé, on a aussi les chantiers de Saint-Nazaire où l'activité est assez aléatoire. C'est vrai que la situation économique n'est pas folichonne », analyse Thierry.

Ce qu'il faudrait pour relancer l'activité ? « 'Faut attendre que ça se passe », déclare Julien. Les prévisions de croissance, il n'y croit pas vraiment. « Ca dépend de tellement de choses. Prends l'exemple de cet avion qui a été abattu en Ukraine, si ça dégénère vraiment dans ce coin-là, toutes les prévisions de croissance sont faussées. » Pour les deux banquiers, l'activité reviendra. « Parce que ça ne peut pas continuer comme ça. Par contre, il faudra faire preuve de patience. Pour que ça redécolle, il faudra vraiment être patient », prévient Julien.

Nous arrivons à Montpellier et le GPS nous met sur une fausse piste pour retrouver Catherine, la passagère qui doit nous y rejoindre. Thierry la contacte par téléphone et nous prenons conscience qu'elle se retrouve à l'exact opposé de l'endroit où nous nous trouvons. Les sourires s'affichent sur les visages, la mésaventure est prise avec humour. Après une rapide visite de Montpellier malgré nous, nous retrouvons Catherine, la cinquantaine et l'esprit encore en Espagne. « Je reviens de Barcelone. J'ai passé des vacances exceptionnelles ! »

 

 

Thierry bordeaux

 

Catherine est professeure en Section d'Enseignement Général et Professionnel Adapté (SEGPA). « Ce sont des classes ouvertes dès le collège pour des élèves en grosses difficultés ». D'emblée, Catherine préfère prévenir. « Il ne s'agit pas d'élèves en décrochage scolaire dans ces classes. Ce sont des élèves qui n'ont jamais accroché à l'école. Mon premier boulot, c'est de faire en sorte qu'ils reprennent confiance en eux ! » Ce travail passe par beaucoup d'écoute en classe. Les groupes de SEGPA n'excèdent pas 16 élèves. Une attention particulière est aussi apportée vis-à-vis des familles. « L'origine du problème de ces enfants vient souvent de là. Dans leurs familles, l'école a toujours été synonyme d'échec, du coup, ces familles n'y mettent pas l'investissement qu'il faudrait y mettre. »

 

Manque de sérieux

Il est difficile d'arrêter Catherine. Elle est passionnée par son métier. « Je ne changerais pour rien au monde. » Elle parle du cas particulier des SEGPA. L'orientation de ces adolescents se fait de manière assez précoce. « A partir de la troisième et de la quatrième, ils font des ateliers. Durant leur dernière année de collège, ils font douze semaines de stage. » L'objectif : que chaque adolescent trouve une voie, un métier. La plupart du temps, ils s'inscrivent dans un CAP adéquat.

« On voit que les jeunes reprennent confiance en eux. Ils font des projets, ils se disent qu'ils peuvent arriver à faire quelque chose. » Malgré tout, une ombre vient assombrir le tableau de Catherine : la politique. « Si les SEGPA existent, c'est qu'il y a un problème. Il faut remettre à plat le système éducatif en France. » La réforme des rythmes scolaires ? « Je n'enseigne pas en primaire, je ne peux pas en parler. Mais on ne m'en a pas dit du bien. » Pour elle, la question n'est pas là. « Il faut une école plus adaptée aux jeunes et au monde d'aujourd'hui. »

Sur ce plan-là, les divers ministres de l'Education nationale qui se sont succédé, n'ont pas été à la hauteur selon elle. « Qu'ils soient de gauche ou de droite, ils n'ont pas été sérieux. Ils ont tout pris à la légère. » Elle pense que ce manque de sérieux est général à la classe politique française. « Les gens ne savent plus à qui faire confiance. Alors ils s'abstiennent ou votent Le Pen », conclut-elle un peu désabusée.

 

Julien catherine

 

 

Dans la voiture, Julien et Thierry n'ont pas dit un mot. Ils écoutent Catherine depuis le début et partagent les mêmes inquiétudes concernant la politique. Là aussi, un sentiment de « manque de sérieux » s'exprime mais les deux banquiers préfèrent rester discret en ce qui concerne leurs opinions politiques.

Finalement, Bordeaux n'était pas si loin. Il ne reste plus qu'une heure de route avant d'arriver à destination. Une fois passé l'aéroport de Mérignac, Thierry me demande où je veux descendre. Je lui indique une adresse. Nous passons devant la gare Bordeaux Saint-Jean, les sens uniques nous font faire quelques détours. Puis sa Renault Mégane s'arrête. Thierry vient de me déposer devant la maison où je passerai la nuit.

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